De nombreux romans commencent par un prologue. Bien écrit, il peut donner à votre récit une dimension supplémentaire en accrochant immédiatement le lecteur ou la lectrice. Mais le prologue est un exercice subtil qu’il faut manier avec précaution. S’il n’est pas obligatoire, il ne doit pas non plus tomber dans l’excès de style ou donner trop d’informations. Le prologue : définition et utilité Le prologue est un texte relativement court placé avant le premier chapitre d’un roman. Il s’inscrit pleinement dans le récit de fiction comme une scène à part entière, qui plonge le lecteur ou la lectrice dans l’univers du roman avant d’entrer dans le vif de l’histoire. Une fonction narrative spécifique Le prologue a une mission claire : introduire un élément décisif qui n’aurait pas trouvé naturellement sa place dans le fil principal du récit. Il peut : donner un aperçu d’un événement passé fondateur (par exemple, un drame survenu des années avant l’intrigue) ; introduire un personnage ou un lieu clé que l’on ne reverra que plus tard ; créer une tension immédiate ou un effet de contraste avec le début du premier chapitre. Le prologue est comme un « pas de côté » narratif, un écart volontaire, mais justifié, par rapport au déroulement classique de l’histoire. Prologue, préface, introduction, avant-propos… : ne les confondez pas ! Le prologue est souvent confondu avec d’autres éléments présents en début de roman : préface, introduction, avant-propos, préambule… alors que son rôle est bien différent. La préface ou l’avant-propos relèvent du discours éditorial et sont généralement rédigés par une personne bénéficiant d’une forte notoriété qui donne ainsi une certaine autorité à l’auteur. La préface présente le livre, son contexte ou son ambition. Le préambule joue le même rôle que la préface, mais est généralement rédigée par l’auteur ou l’autrice. L’introduction, plus fréquente en non-fiction, propose des éléments de cadrage factuels et annonce le contenu. Le prologue, lui, fait partie du texte littéraire et est écrit dans le même style que le roman, souvent en focalisation interne ou omnisciente. À lire aussi : Comment rédiger la préface d’un livre ? Les genres où le prologue est particulièrement utile Certains genres littéraires recourent régulièrement au prologue pour poser une ambiance ou installer un suspense. En fantasy, on peut évoquer ainsi une ancienne prophétie, un mythe fondateur ou une bataille légendaire. Dans un thriller, il introduit souvent la scène de crime ou un danger imminent. On trouve aussi le prologue dans les romans historiques, pour plonger le lecteur dans une autre époque ou montrer un événement qui entraîne des répercussions sur le reste du récit. Quoiqu’il en soit, le prologue est pertinent dès lors qu’il trouve pleinement sa place dans la construction du récit. À lire aussi : Le cliffhanger : outil indispensable pour maintenir le suspense Quand faut-il envisager un prologue (ou pas) ? Le prologue enrichit le roman, à condition de bien l’utiliser et de bien le choisir. Les bonnes raisons d’écrire un prologue Le prologue s’impose lorsqu’on veut créer une tension dramatique immédiate, en commençant par un événement intense, tragique ou mystérieux. Vous captez ainsi d’emblée l’attention de votre lecteur ou lectrice qui veut comprendre comment les personnages en sont arrivés là. Ce procédé fonctionne bien avec un prologue situé dans le futur de l’intrigue ou dans une scène-clé dont le sens ne sera révélé que plus tard. Un prologue peut aussi offrir une perspective différente en introduisant un autre point de vue que celui du personnage principal, un narrateur différent ou une autre temporalité. Cette prise de distance enrichit l’univers ou sème des indices sans tout dévoiler. Dans les romans historiques ou à forte dimension symbolique, un prologue peut enfin poser le décor ou une scène fondatrice qui éclaire la suite du récit. Le prologue est-il obligatoire ? Le prologue n’est jamais obligatoire et de nombreux romans puissants s’en passent très bien. Le prologue est un choix d’écriture. Il doit servir l’histoire, pas la ralentir. Si vous sentez que votre début fonctionne sans lui, inutile d’en ajouter un. Si vous hésitez, testez votre roman avec et sans : la bêta-lecture vous dira ce qui fonctionne le mieux. Librinova vous propose d’ailleurs un service de lecture de manuscrit pour recevoir un regard objectif et bienveillant pour affiner votre début… avec ou sans prologue. Les situations où il vaut mieux s’en passer Un prologue n’a de sens que s’il apporte un éclairage distinct et unique. Si les éléments qu’il introduit sont développés ensuite de manière identique dans le premier chapitre ou après, il risque de faire doublon. Certains prologues donnent trop d’informations trop tôt et cherchent à tout expliquer d’entrée de jeu : contexte, personnages, enjeux… Le risque ? Étouffer le suspense ou perdre votre lectorat dans un flot d’informations désincarnées. Le prologue n’est pas un mode d’emploi ! Dernier piège et pas des moindres : utiliser le prologue comme une rustine pour masquer un premier chapitre trop lent. Dans ce cas, mieux vaut repenser directement l’ouverture du roman. Un bon incipit reste essentiel, avec ou sans prologue. À lire aussi : Réussir l’incipit de son roman : conseils d’écriture et erreurs à éviter Comment construire un prologue efficace ? Vous avez décidé d’écrire un prologue ? Voici quelques conseils pour le réussir afin qu’il serve votre roman (et non l’inverse !). Trouver la bonne distance Un bon prologue se distingue clairement du reste du récit, sans détonner. Il peut se situer dans une autre temporalité (le passé lointain, le futur, une scène hors chronologie…), adopter un autre point de vue ou un ton différent. Il agit comme une scène d’ouverture cinématographique : brève, frappante et révélatrice. Posez-vous la question : que gagne votre lecteur ou lectrice à savoir ceci avant de commencer le roman ? Susciter des questions, pas y répondre Un prologue efficace éveille la curiosité, suscite des hypothèses, créé un effet d’attente. Ce peut être une scène mystérieuse, un dialogue troublant, un acte décisif dont on comprendra les répercussions plus tard. L’objectif n’est pas d’expliquer, mais de semer des doutes ou des questions. À lire aussi : Écrire un premier roman : les erreurs à ne pas commettre Soigner la forme autant que le fond Le style du prologue donne le ton et il faut donc y porter autant d’attention qu’à n’importe quelle scène du roman. Une narration trop longue ou trop descriptive risque d’ennuyer et de tuer tout l’effet du prologue. Généralement, le prologue se déroule selon une unité forte de temps, de lieu et d’action : focalisez-le sur un seul enjeu ou une émotion. Allez à l’essentiel sans sacrifier la densité émotionnelle. Il doit se suffire à lui-même tout en donnant envie de continuer. Un prologue bien pensé peut enrichir l’ouverture de votre roman, éveiller la curiosité et poser les fondations d’un récit fort en apportant un éclairage singulier. Mais il n’est pas indispensable, car il doit avant tout rester au service de l’histoire, sans alourdir le début ni anticiper des révélations trop précoces. Pour aller plus loin : Épilogue : comment écrire une fin de livre réussie ? Bien choisir le genre littéraire de son livre Pourquoi faire appel à un bêta-lecteur professionnel ?